Méthodologie

S’intéresser à la création de valeur sur internet suppose de s’intéresser aux firmes qui la développent. Pour ce faire, nous devons délimiter ce que nous entendons par l’industrie internet. Nous la définirons comme l’ensemble des firmes dont l’activité (principale) est conditionnée par l’existence des réseaux internet : sans internet, ces firmes ne pourraient développer d’activités substantielles ; internet conditionne donc très largement leurs affaires.

Délimitation d’une industrie internet

Les frontières de l’industrie internet sont extrêmement mouvantes, puisque internet englobe de plus en plus d’activités. Néanmoins, nous retiendrons ici une conception restreinte en ôtant de ce champ les opérateurs de télécommunications classiques, à l’exception de ceux qui ont une activité importante d’accès ou de gestion des réseaux IP (tels Softbank ou les CDN – Content Delivery Networks), les industriels pour lesquels internet ne représente qu’une part minoritaire de leur activité, notamment dans la distribution. Nous considérons donc essentiellement ceux qui sont qualifiés de pure players.

La ligne de démarcation est cependant incertaine et mouvante. Si nous avons retenu Apple dans l’industrie internet, c’est parce que cette firme offre une grande majorité de produits (iPod, iPhone, iPad, Apple Watch) qui ne prennent sens qu’à travers la connexion sur internet et les services qui l’accompagnent (iTunes, App Store), mais pas Samsung dans l’impossibilité où nous sommes d’identifier au sein de cette firme une activité “internet”. Microsoft est également placé dans l’industrie internet comme fournisseur d’un OS concurrent des autres OS assurant la connexion aux réseaux (IOS, Android) et particulièrement actif dans certains domaines (navigateur, moteur de recherche).

Du côté des médias et services, nous n’avons conservé que les entreprises pour lesquelles la connexion internet est déterminante (PayPal), excluant donc les services qui fonctionnent sur des réseaux plus traditionnels (notamment les services financiers tels First Data, Visa ou Mastercard). Nous avons également ôté de notre liste les services d’édition et de média, certes présents sur internet, mais pour lesquels internet ne constitue pas le média principal.

L’identification d’une industrie internet est donc extrêmement délicate et ce qui est présenté ici ne constitue qu’une approche grossière et contestable de cette industrie, mais permet néanmoins d’illustrer ses manifestations. Il s’agit donc d’une approche sectorielle (activité principale liée à l’internet) et non d’une approche par branche.

Indicateurs de l’importance de la firme

Plusieurs indicateurs peuvent caractériser ces entreprises, notamment les indicateurs financiers traditionnels (capitalisation boursière ou estimation de la valeur de marché, chiffre d’affaires, immobilisations ou résultat net) ou des indicateurs liés à leur activité internet, notamment le nombre de visiteurs uniques (par mois), qui tend à devenir un indicateur central de fréquentation, ou bien le nombre d’abonnés aux services offerts, voire les employés de ces firmes. Aucun de ces indicateurs ne peut synthétiser, à lui seul, l’activité de ces firmes.

Pour caractériser sommairement cette industrie, nous sommes convenus de privilégier la valeur de marché (ou son estimation), car c’est un des indicateurs emblématiques du web qui prend en compte une valeur plus globale que le chiffre d’affaires ou le résultat, qui ne tiennent compte que de la valeur associée à l’activité. Certaines firmes ont un chiffre d’affaires quasi-nul, et pourtant une capitalisation boursière énorme. Cette valeur de marché, espérance de gains futurs tels qu’ils sont appréciés par les marchés financiers, est particulièrement instable. Elle n’est qu’estimative pour des entreprises non cotées, établie à partir des levées de fond effectués. Mais en dépit de son imperfection, la liste des entreprises du net dont la valeur de marché semble supérieure à 1 milliard de dollars (0,9 milliard d’euros en 2015) nous paraît très intéressante à considérer.

Il est clair que cette délimitation ne conservera pas une grande signification dans quelques années. Son évolution au fil des ans est en soi un facteur intéressant. Au fur et à mesure que la “convergence” prend place[1], c’est-à-dire que les réseaux traditionnels migrent vers IP, les opérateurs de réseaux seront des acteurs essentiels de cette économie internet. De la même façon, les fournisseurs d’équipements informatiques (et de services, tels IBM) auront largement basculé leurs activités dans l’univers internet. Ce sera donc pratiquement toute l’industrie des TIC qui pourra être considérée comme industrie internet. Pareillement, du côté des médias comme du commerce, le canal internet deviendra certainement prédominant. L’industrie internet ne croît pas seulement sur un mode intensif, mais aussi sur un mode extensif, intégrant dans son périmètre de nouvelles entreprises, au fur et à mesure qu’internet supporte une part croissante de leur activité.

[1] L’acquisition de Sprint-Nextel par Softbank en forme une illustration, le rachat de Motorola par Google ou la réorientation stratégique de Microsoft déclarant vouloir suivre le modèle Apple, également.

L’industrie internet

Nous collectons depuis plusieurs années la capitalisation boursière de plusieurs centaines de firmes ayant leur activité principale dans les technologies d’information et de communication (TIC), de façon à pouvoir faire ressortir:

1. la composition de cette industrie internet (le classement des firmes présentant une valorisation supérieure à 1 milliard de $)

2. l’évolution de sa valeur

3. sa place parmi les industries des TIC

Ces résultats sont présentés dans les tableaux excel joints à cet onglet.

L’industrie du numérique et de l’information

Au-delà de l’industrie internet, nous avons souhaité la positionner dans l’industrie numérique au sens large, qui regroupe toutes les firmes qui numérisent le système productif. Nous y avons ajouté les industries de l’information, à savoir les médias et la finance en ligne.

Cette industrie englobant l’internet et qui peu à peu la rejoint, est composé de 5 secteurs outre l’industrie internet déjà évoquée:

– l’industrie des services informatiques (data processing) regroupe les firmes dont c’est traditionnellement le métier (IBM, Oracle, SAP, EMC…) en y intégrant les firmes qui proposent aujourd’hui des services de stockage et de cloud, celles qui proposent des solutions de sécurité et celles qui se lancent sur le big data. Seules, les firmes intervenant dans la relation client (Salesforce, Medalia…) ont été classées « internet ».

– l’industrie des équipements électroniques au sens large, regroupe tous les fabricants de hardware: composants, ordinateurs, périphériques, terminaux, équipements de réseau… mais aussi tous les nouveaux venus qui se positionnent sur les objets connectés (Fitbit, GoPro, Jambone…).

– l’industrie des télécoms regroupe l’ensemble des opérateurs de communications électroniques traditionnels, de réseaux fixes (cuivre et fibre) comme de réseaux mobiles.

– l’industrie de la finance en ligne comprend les plates-formes de compensation de paiement, mais aussi ceux qui proposent des solutions ou des services de finance en ligne, notamment sur mobile (Stripe, Optimal Payment…).

– l’industrie des médias regroupe tous les médias traditionnels (TV, presse, édition…) mais également les éditeurs de jeux, sauf ceux qui dépendent exclusivement d’internet.

Cette classification et surtout l’affectation des firmes à ces secteurs est relativement arbitraire. Elle vise à faire ressortir de façon grossière la place de l’industrie internet (les grandes plates-formes, les monstres que sont les GAFA et associés) au sein de l’industrie du numérique de façon à faire ressortir leur importance, leur puissance et leur origine. C’est une approche sectorielle comme nous l’avons souligné (et non de branche), c’est une approche peu rigoureuse puisque nous avons conservé dans les secteurs « traditionnels » des firmes qui semblent malgré tout écouler une part dominante de leur production sur internet (par exemple l’éditeur Axel Springer). Il faudrait donc raffiner beaucoup plus cette analyse pour avoir une vision plus juste du « monde internet », mais cette classification permet déjà d’apprécier quelques éléments importants.

Limites de cet exercice

Il ne peut y avoir de comparaison stricte intertemporelle dans les résultats présentés, d’une part parce que la liste de notre échantillon varie (il s’améliore avec le temps), d’autres part, parce que les évaluations des firmes non cotées sur une place boursière dépendent de la dernière levée de fond émise et de l’information publiée à ce sujet. Certaines firmes peuvent avoir progressé depuis et d’autres baissé. Il s’agit donc d’estimations grossières de l’importance de cette industrie internet, dont nous rappelons qu’elle est calculée sur la base d’un secteur hypothétique internet et non d’une branche internet.

Nos listes comprennent donc des sociétés cotées et des sociétés non cotées (des start-up, mais aussi de gros groupes historiques non cotés). En sont absents les sociétés d’État (sociétés à capitaux publics) dont l’importance dans le numérique a largement diminué avec la privatisation de bon nombre d’opérateurs de télécommunications, mais qui restent présentes dans les médias (ainsi, la Chine ressort de ce fait comme très peu présente dans les médias).

Les sources et les effectifs

Les sources sont les sites financiers des grands moteurs de recherche qui livrent chaque jour les cotations des firmes des grandes places financières. Pour un petit nombre de firmes, il faut aller sur les places financières secondaires sur lesquelles elles sont cotées pour récupérer leur valeur. Pour les sociétés non cotées, la presse reste la source principale à l’occasion de levées de fond ou d’estimations d’analystes. Le site du WSJ, « The Billion Dollar Startup Club », quoique avec un tropisme américain et chinois, est également une source appréciable.

Mi 2015, nous suivons plus de 600 firmes dont un quart non cotées. Nous n’en présenterons qu’un extrait, celles de l’internet dont la valeur excède 1 milliard de $ (157 firmes) et celles du numérique dont la valeur excède 10 milliards de $ (195 firmes dont 38 internet).

Toutes suggestions pour améliorer ce suivi sont bienvenues.